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Etre femme, c’est pas facile

26 October 2008, 22:23

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La pièce expérimental d’Immpact pour les villageois de Burkina vise à donner quelque chose de nouveau au peuple que l’Immpact a étudié

Scene 1:

(Baba et sa femme Bintou sont un couple ayant déjà eu plusieurs enfants. Ils sont assis et causent. Bintou a le ventre bien rebondi. En fait, Bintou est à terme).

(Parlant à la fois désespéré et enthousiaste, comme s’il parlait seul):

Baba : Eh Allah, comment faire ? C’est bientôt le Fespaco (le festival international annuel de film) à Ouagadougou, dans la capitale. Moi j’aime tellement le cinéma que j’aimerais bien aller dire bonjour aux gens de Ouaga afin de pouvoir voir les films, les films, les films…

Bintou : Vraiment, vous les hommes-là, c’est pas la peine quoi ? Le Fespaco, Ouagadougou…, tu penses que la vraie vie c’est là-bas ? Au lieu de regarder vers Ouagadougou avec ses folies, tu ferais mieux de regarder dans le grenier…

Baba : (bondissant): what? quoi ? Tu veux dire qu’on a plus de mil ?… C’est déjà fini ?…

Bintou : (feignant l’étonnée) a bana ô… a bana dë ! (en jula, c’est déjà fini !) Je t’ai toujours dit : entre boire ton dolo, causer avec tes amis et préparer les jours difficiles en mettant de côté du mil, il faut choisir. (Comme menaçante): Il faut choisir dê, sinon !

Baba : eh oui, l’économe sinon l’économiste, doublée d’une philosophe… Quand les femmes se mettent à donner des leçons, attention les amis (il s’avance et s’adresse à la foule) attention c’est que ça va chauffer !

Bintou : ouih, ouih… Mon Dieu, ça recommence… Eh Allah, Masa Allah, ouih, ouih.. (en fait, les douleurs de l’enfantement ont commencé).

(Baba se retourne vers la femme et regarde la foule comme pour la prendre à témoin à nouveau):

Baba : oh c’est rien ! Vous savez c’est une bonne comédienne ! Y a rien, tchêê !.. J’ai l’impression que mon Fespaco a commencé. Remarquez, le spectacle est gratuit… (il est coupé par sa femme qui l’appelle désespéremment).

Bintou: Baba ô, Baba â ! Aide-moi… l’heure est arrivée. Je vais accoucher…

(à la foule) :

Baba : Attention, ça a l’air sérieux dê. Pourtant, elle a toujours accouché ici, dans la maison. Y a jamais eu de problème. Les deux enfants qu’on a eus se portent bien. Mais cette fois là… (il prend un air grave)

Bintou : (très fâchée) : Tu m’amènes au dispensaire, oui ?

Baba : quoi au dispensaire ? Pourquoi tu peux pas accoucher ici ?… Mais Binta, i ti sabari ? faut faire pardon kê ?

Bintou : Si tu me n’amènes pas, j’y vais seule. Je sens que ça va très mal…

(Elle se lève et se dirige vers la sortie de la scène. Elle montre par de grands gestes qu’elle soufre).

Baba : attends moi, je vais prendre mon vélo… je vais prendre mon vélo. (Il va à gauche, puis à droite. En fait, il est paniqué).

Scène 2:

Bintou : (perd du sang): On va jamais arriver à temps. Je me sens mal.

Baba : Courage, on est déjà arrivé. Tu vois, l’infirmière arrive.

L’infirmière : aw dansè (en jula, soyez les bienvenus). Je peux vous aider ?

Baba : yîîî Doctoro Mousso, faut nous aider dê. Ça va pas. Ma femme est très fatigué, elle est partie du sang.

L’infirmière : (consulte rapidement la patiente) : oui, elle est très fatiguée. Elle a perdu beaucoup de sang. Il n’y a plus beaucoup de sang dans son corps. Et puis le travail de l’accouchement a commencé il y a longtemps. Qu’attendiez-vous depuis ?

Baba : Doctoro Mousso, en fait, Binta ma femme a toujours accouché à domicile. Ca là (il montre la grossesse), c’est la 3ème fois. Avant, il y avait jamais eu de problème.

L’infirmière : Monsieur, c’est justement ça le problème. Il y a des grossesses qui se passent bien mais il y a en aussi qui peuvent très mal se présenter. Comme cette grossesse-là par exemple. Vite, il faut continuer à l’hôpital. Parce que ça là on peut pas beaucoup vous aider.

(Baba est catastrophé):

Baba : quoi, ma femme ne va pas mourir quand même ? Puisque je vous dis qu’elle a déjà accouché à la maison cela fait … combien de fois déja? (il est coupé à la fois par l’infirmière et Bintou).

L’infirmière et Bintou (ensemble) : Vite, vite…

Scène 3:

(Dans un coin de la scène, Binta a accouché, mais reste étalée sur une natte. Sur l’autre bout de la scène Baba parle dans un monologue. Baba s’adresse à la foule.)

Baba : Ca y est, je vous le dis. Binta a accouché. Grâce à Dieu ! mais attention c’est pas fini dê. Elle est toujours malade. Vous la voyez là bas (il indique l’endroit à la foule). Elle est contente de son bébé. Mais c’est pas fini dê. Moi je me cherche. Je me cherche ô ô, je me cherche.

(Entre en scène Joseph, un voisin de Baba et Bintou, étonné en voyant Baba causer seul) :

Joseph : eh Allah. Baba koun da fani lo â ? (en jula, est-ce Baba a toute sa tête). Nteri (en jula, mon ami), tu parles seul maintenant ? Est-ce que tout va bien ?

Baba : eh Jo, ça tombe bien. Je te cherchais depuis là. C’est-à-dire… (il est gêné). C’est-à-dire…

Jo : (veut se montrer gentil) : allez vas-y ! qu’est ce qui va pas ?

Baba : En fait, est-ce que tu n’aurais pas 10.000 F à me passer ? Je vais te rembourser, walaï !

Jo : encore de l’argent ? Baba, attention dê. Tu me dois déjà beaucoup ?

Baba : Walaï, je vais te rembourser. Je vais te rembourser. C’est très important.

Jo : je t’ai vu vider ton grenier pour aller vendre à Ladji le commerçant. Je t’ai vu vendre poulet, coq et mouton au marché, il y a deux jours. (Se rapprochant de Baba et regardant autour de lui pour vérifier que tout le monde ne l’entend pas). On dit même dans le village que tu as vendu des pagnes et des bijoux de Binta à des femmes du village. C’est vrai ?

(Baba parle comme s’il s’en « foutait ») :

Baba : On t’a pas dit aussi qu’à l’hôpital, ils ont gardé ma pièce d’identité et mon vélo JUSQUA CE QUE J’AI PAYE TOUTES MES DETTES?

Jo : eh Baba, y fô (en jula, que Dieu te vienne en pitié).

(Tout en parlant, il remet l’argent à Baba. En sortant de la scène, Jo murmure) :

Jo : Eh allah Moussô, Moussô, aw te sabari (en jula), vous les femmes, si vous ne nous prenez pas en pitié… Si vous ne nous prenez pas en pitié…

Scène 4:

(Binta et Baba, ensemble à nouveau) :

Baba : (d’un air fatigué) : Femme, J’ai invité notre Jo ce soir à la maison. Je voudrais qu’on fasse une petite fête. Tu sais, il a été gentil avec nous quand tu as fait ton accouchement ?

(Bintou est étonnée) :

Bintou : inviter ? Djà wala (en jula), tu parles. Tu penses qu’on a les moyens d’inviter ? Ils vont manger quoi ? Tu sais au moins qu’on n’a plus de poule. Et d’ailleurs, je me sens toujours faible. Tu sais bien que je n’ai plus la force pour aller chercher du bois, ou bien des feuilles dans la brousse pour faire la sauce. Je dois toujours aller à l’hôpital.

Baba : (affolé) : Walaï, faut plus prononcer ce mot-là devant moi. C’est mon ennemi juré. Hôpital ? Waï… Hôpital et moi, maintenant c’est la guerre !

(Bintou regarde son bébé) :

Bintou : arrête de crier. Tu fais peur au bébé. Tu sais que lui aussi il a pas bonne mine. (puis changeant de sujet). Tu sais Baba, je voulais te dire quelque chose : quand je vais aux toilettes, ça me fait mal. Ca me brûle… Je crois même qu’il m’est difficile de garder mes… mes…

Baba : tes urines ? Bê moi aussi, ça m’arrive. Oû est le problème ?

(Elle fait mine de pleurer. Baba s’approche d’elle, se fait gentil) :

Bintou : non Baba, tu comprends pas. Je suis toujours malade. Ça va pas.

Baba : (faussement compatissant) : C’est vrai, tu es toujours fatiguée. Tu dois te reposer.

(Baba accompagne gentiment sa femme et l’aide à s’assoire).

Bintou : Voilà que tu es compréhensif. Merci beaucoup.

(Au cours du déplacement, montrer que Binta perd de l’urine. En fait, elle souffre d’une infection urinaire. Baba remarque qu’elle perd de l’urine) :

Baba : Voilà, comme tu es fatiguée… Comme tu ne peux pas préparer à manger à ton mari et à ses amis… Comme tu ne sais plus faire des enfants, sans causer trop de problèmes à ton mari… Comme… _. Comme, ounh ounh _(il s’éclaire la gorge), comme ton mari doit quand même avoir d’autres enfants, j’ai décidé de prendre une autre femme.

(A ces mots, Binta prend ses effets et sort de la scène).

Scène 5:

(Baba et sa nouvelle femme. Dans un coin de la scène, Binta est toute seule, mise à l’écart) :

New wife : je me demande comment tu as pu aimer une femme comme cette vieille sorcière (elle indique avec le menton dans un geste de mépris Binta, installée au fond de la scène).

Elle est pas belle (elle fait 1, comme si elle énumérait les défauts de Binta sur le bout des doigts).

Elle sait pas faire la cuisine (elle fait 2).

Elle sait pas recevoir les amis de son mari (elle fait 3).

Elle sait pas faire des enfants (elle fait 4).

Baba : (l’air heureux) au fait, tu comptes me faire combien d’enfants ?

Nouvelle femme : mais autant que tu veux, mon cher mari. Et des enfants beaux et solides comme leur père.

Baba : j’appelle ça une femme. J’appelle ça s’occuper de son mari.

Nouvelle femme : Au fait Baba, on ne mange pas ce soir ? Tu sais, ton ami Jo c’est ce soir qu’il vient hein ?

Baba : qu’est-ce je ferai sans toi, ma chérie. Heureusement que tu es là. . Eh Bintou… eh Bintou wêe…ne ko Binta ô ô … (en jula, je dis Bintou).

(Bintou vient vers Baba l’air défroquée, mal habillée. Elle arrive sur la scène en se déplaçant avec beaucoup de peine, l’air très fatiguée.)

Baba: Ecoute Bintou tu vas aller chercher de l’eau. Et puis tu vas aller au jardin prendre des condiments avec ta sœur Fanta. Tu vas lui dire de mettre ça sur mes dettes. Je vais bientôt payer. Mais d’abord tu vas chercher du bois dans la brousse. Quand tout sera prêt, tu pourras demander à Ladji le commerçant de mettre de côté trois miches de pain et deux boîtes de sardine, ta coépouse viendra chercher… D’accord ?

(Bintou sans faire le moindre signe ni paraître la moindre émotion sort de la scène, complètement découragée. Elle vient vers l’avant scène pour un monologue) :

Bintou: Eh oui, être femme, c’est pas facile.

Un bébé, c’est beau, c’est très beau. C’est le bonheur total.
Mais si vous avez un mari comme Baba, vous êtes foutu.
Il n’est au courant de rien. Il est surpris quand les complications arrivent.

Aujourd’hui, je vois que les complications ça peut arriver à tout moment. Même si vous avez déjà accouché plusieurs fois à la maison. Il faut faire attention.

Si tu n’as pas mis un peu d’argent de côté, tu es mal. Tu es mal dê !

Et puis après l’accouchement, c’est pas fini. C’est pas fini dê ! Ton corps peut être malade, très malade même, comme le mien.
Et si tu fais même pas attention, ton mari va aller chercher d’autres femmes.

Si tu es bête pour faire des enfants, sans te faire surveiller par les doctoro mousso, si tu meurs, toi et ton enfant, qui a perdu, je vous le demande. Qui a perdu ?


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